Les limites de l’analogie médicale

Est-ce par une déformation naturelle ? Est-ce par goût de l’analyse ? Est-ce par analogie médicale ? Quelle que soit la raison, nous observons chez nous et chez beaucoup d’animateurs de Diagnostics Partagés une tendance à mettre l’accent sur l’analyse, la recherche des causes explicatives.

Quelle définition du diagnostic ?

La recherche de cette définition nous valut un beau débat sur LinkedIn avec un éminent confrère pour qui la notion même de Diagnostic pose problème. Vous pouvez retrouver le détail de la conversation ici https://www.linkedin.com/embed/feed/update/urn:li:share:7189147016843702273.

En cela l’ambivalence du mot « diagnostic » nourrit notre tendance naturelle à la recherche des causes.
La définition du mot diagnostic selon le Larousse

1 Temps de l’acte médical permettant d’identifier la nature et la cause de l’affection dont un patient est atteint.

2 Identification de la nature d’une situation, d’un mal, d’une difficulté, etc., par l’interprétation de signes extérieurs : Diagnostic d’une panne de moteur.

Or nous lui préférons la SECONDE définition qui selon le petit Robert :

1 détermination (d’un état, d’une maladie) d’après ses symptômes et l’examen clinique du patient.

2 Prévision, jugement tiré de l’analyse des signes.

En effet, le mot Diagnostic vient en effet du grec « diagnostikos » qui signifie discernement. En réalisant un diagnostic partagé chez nos clients c’est cela que nous cherchons à faire : les aider à discerner quoi faire.

Les organisation ne sont pas des corps humains, le conseil n’est pas de la médecine

Malheureusement dans les organisations, à la différence de la médecine, il n’y a pas de « maladie » répertoriée qui une fois identifiée indiquerait simplement le traitement.

Plusieurs tentatives de cartographie pour les organisations ont été déployées avec parfois beaucoup d’énergie (voir Mintzberg par exemple ou la Théorie Organisationnelle de Berne), mais, de notre point de vue, sans beaucoup de succès.

Il est en effet difficile de définir ce qu’est une organisation en « suffisamment bonne santé ». En matière d’organisation, les études en double aveugle avec groupe de contrôle sont impossibles à mener. Et il est par ailleurs particulièrement délicat, pour de raisons évidentes de secret des affaires, de partager totalement les données cliniques issues d’une intervention. Le conseil n’est pas de la médecine.

Pour autant, nous avouons avoir essayé nous aussi de mettre en place ce parallèle médical. Devant les difficultés rencontrées, nous avons constaté qu’il n’était pas très efficace de chercher à aligner les commanditaires sur une analyse des causes, car cette analyse n’étant pas indiscutable, elle ne permettait de s’aligner qu’au prix d’un temps passé considérable.

Les organisations sont des lieux de décisions, et nous pensons plus efficace de chercher à aligner les parties-prenantes sur les décisions à prendre.

C’est cette conviction, issue de l’expérience, qui nous conduit à définir le Diagnostic Partagé comme une série d’actions sur lesquelles tous s’accordent, plus que comme une analyse de la situation.

Le pouvoir simplificateur de la définition

Un diagnostic Partagé permet à une organisation de décider d’actions en réponse à une situation généralement problématique.
Un Diagnostic est Partagé s’il est compris et accepté, par tous les membres d’une organisation

Cette nouvelle définition que nous donnons au Diagnostic Partagé depuis 2021 a montré un grand pouvoir de simplification.

Pour l’illustrer prenons l’exemple récent d’un DP de projet informatique.

Nous avons été sollicité suite à la mise en place d’une nouvelle version d’un progiciel de gestion de la paye dans une société européenne de 23 00O salariés. Le Bilan du projet fut mitigé : il fut livré à l’heure, dans le budget, ce qui pour un tel projet est un exploit, mais avec pas mal de dysfonctionnements et quelques arrêts maladies dus aux efforts inouïs déployés pour livrer à l’heure. Quel était le problème racine amenant à cette situation ? Le projet était-il même un échec (vision RH) ou un succès (Vision SI) ? Ce fut impossible de totalement s’accorder sur ces deux qualifications pourtant très simples. En revanche, la liste des heuristiques, c’est à dire des règles, à appliquer sur le prochain projet fut beaucoup plus facile à déterminer de manière consensuelle.

Il est plus simple de s’accorder sur des décisions, des actions, que des causes. C’est pour cela que nous adoptons cette définition.

Pourquoi utiliser le mot Diagnostic alors ?

En toute rigueur la question se pose avec pertinence. Cependant là encore c’est pour nous l’expérience qui reste le juge de paix.

Or dans notre expérience, les situations de tensions dans lesquelles démarrent ce type d’intervention ne sont pas propices à de longues explications visant à casser un cadre de référence établi.

Quand des personnes sont en désaccords sur une situation, un projet, le terme diagnostic partagé leur parle immédiatement. Il porte en lui-même la réconciliation (partagé) et un terme rassurant (diagnostic). Alors oui le diagnostic qu’ils auront ne correspondra peut-être pas totalement à l’idée qu’ils s’en font, mais comme le problème sera résolu quand même est-ce que ce n’est pas l’essentiel ?

Pour approfondir cette réflexion venez participer au prochain webinaire expliquant la définition et les outils de base du Diagnostic Partagé.

Comment faire ? un exemple vidéo

Dans la conduite des DP, cette conviction a des conséquences pratiques très importantes, notamment de faire participer les commanditaires à l’élaboration des actions, ce qui constitue une bonne manière de les aider à s’aligner.

Mais comment faire pour éviter les biais? Pour conserver des actions pertinentes et partagées ? Pour nourrir la réflexion sur ces questions, nous vous proposons une modalité qui a fait ses preuves dans notre métier : le partage d’expériences.

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